L’imprévu est un début | La Esmeralda, Uruguay
L’imprévu est un début | La Esmeralda, Uruguay

L’imprévu est un début | La Esmeralda, Uruguay

Il y a certains jours qui ne se passent pas comme prévu. Et c’est tant mieux. Ce vendredi 27 décembre devait être l’un d’entre eux. Après un début de journée plutôt compliqué niveau logisitique et mood, je décide cependant de ne pas lâcher l’affaire et de continuer jusqu’à mon objectif : Punta del Diablo, petite bourgade située sur la côte nord de l’Uruguay (côte Atlantique si ta géographie sud-americaine n’est pas encore trop au point). Afin de conjurer le sort, je décide de me faire un petit repas à José Ignacio, station balnéaire sauvage et néanmoins huppée de la côte. Je repère un restaurant de bord de plage remplis à craquer de locaux (bon signe en général). Je m’installe au bar où je mange un excellent repas sorti tout droit de l’océan et me fais même offrir le limonchello par la serveuse. Ah, le Kiff revient! Je repars avec ma bagnole de location et avale les kilomètres de la route numéro 9 (mon jour de naissance, signe que je suis au bon endroit) jusqu’au moment où je croise un autostoppeur pour lequel je m’arrête. Le gars parle un espagnol parfait et me dit s’appeler Xavier (comme mon père, un autre signe?). Je lui demande s’il est français, c’est le cas. Décidément nous sommes partout. Nous sympatisons, il m’explique qu’il vit depuis un an sur une soixantaine de kilomètres de la côte uruguayenne et qu’il est en Amérique du sud depuis quelques années. Il participe à la construction d’hôtels eco-reponsables contre le gîte et le couvert. Là il rend visite à une amie qu’il avait aidé quelques mois auparavant pour son projet de construction. Il me raconte que quinze jours plus tôt un incendie a ravagé une partie de La Esmeralda, le petit village où il va, et que plusieurs maisons ont brulé. Ce village n’existait pas il y a encore une décennie, ce n’était à la base que des dunes à perte de vue. Un promoteur a acheté ce bout de terre et y a planté des arbres une vingtaine d’années plus tôt afin de stabiliser le sol et de vendre des parcelles constructibles par la suite. Malin! Je propose à Xavier de faire un crochet pour le déposer et voir un peu ce à quoi il a participé à construire. Nous quittons le bitume pour continuer sur une piste de sable rouge. Nous arrivons. Le lieu est paisible, boisé de pins et d’eucalyptus desquels se dégage une odeur chaude et plaisante. Flore la propriétaire nous accueille et avec Xavier ils me font visiter les lieux. La maison de Flore, le gite principal, les domes, les sanitaires, et la pièce commune. Tout en bois. Quel travail, cet endroit est superbe. Xavier m’offre une bière et nous nous posons sur la terrasse extérieure de la pièce commune. Il m’explique un peu les techniques de construction, me dit que bien que les habitations soient eco-responsables, le plastique reste très utile et présent. On parle du pays qui est le plus stable d’Amérique du Sud et a investi massivement dans les nouvelles technologies (leur connexion internet est excellente alors que nous sommes dans la pampa!), on parle aussi du fait que le pays est hyper clean notamment sur les bords de route, de politique, de nos projets futurs, de son rêve de continuer ce qu’il fait mais plus à la montagne, là où les gens ne font pas selon lui de l’écologie un business. Bref la discussion est hyper interessante et la buena onda est au rendez-vous. Fini par venir sur la table le fait que le cannabis est légal dans le pays car générateur de revenus et de tourisme, et Xavier me propose de fumer un petit joint. Je le remercie mais je dois reprendre la route…

 

Cependant je suis bien là… Et mon coeur me dit de creuser un peu plus.

 

Je demande à Flore combien elle loue ses cabañas, c’est un peu plus cher que l’auberge que j’avais booké à Punta del Diablo mais bon, après deux mois dans des dortoirs, je peux me payer le luxe d’une bonne nuit dans un bon lit deux places, dans une cabane trop sympa où personne ne viendra me réveiller bourré à 3 heures du matin. Je dis à Flore que par contre je n’avais pas prévu ça du tout et que je n’ai rien pour manger. Elle m’invite pour la soirée. Que buena onda! C’est décidé, je reste pour la nuit. Je crois que j’ai fait le bon choix. On fume donc un petit joint, l’herbe est excellente, Flore s’installe avec nous et la discussion continue. J’apprends que Flore est en faite Argentine et qu’après ses études elle est venue s’installer ici avec ce projet fou. Le temps passe, et le monde a été refait plusieurs fois. Je file la main à Xavier pour monter sa tente, et Flore nous dit vouloir faire un assado… Est-ce bien raisonnable quinze jours après qu’un incendie ai certainement traumatisé certains voisins? L’hésitation se fait sentir, je sors donc la pièce de one pound que m’a offert ma cousine avant mon départ, sa pièce fétiche. Je fais tirer Flore à pile ou face en lui disant qu’elle a tellement envie de faire un assado que c’est ce que dira la pièce. Elle tire… Ce sera assado! Je lui explique alors la théorie de l’intention à pile ou face (je vous laisse le soin de lire un des mes articles à ce sujet). Elle adore. On prépare alors le feu, des voisins se joignent à nous, les chiens et le petit chat s’amusent avec complicité, le moment est vraiment parfait. Un pur partage en toute simplicité. Bières, choripans, supers discussions. Je prends des photos de nuit du lieu que j’envoi à Flore pour qu’elle puisse faire de la pub pour ses cabañas. Elle est ravie. Le ciel est magnifique, la lune est noire. Je m’éclipse un moment pour aller prendre des photos des étoiles sur la plage six cent mètres plus loin. La voie lactée est incroyable. Je m’amuse un peu et rentre. Tout est calme, tout le monde est couché, je me glisse sous la moustiquaire et dans ce confortable lit. J’irai à Punta del Diablo demain en y déposant Xavier qui ira démarcher quelques restaurants avec sa guitare. Le plan valait la peine d’être changé. L’imprévu est un debut.

 

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